Euteïka

Euteika n’a pas de visage, pas d’âge, pas d’adresse. Il est là et ailleurs, maintenant et demain. En France et dans les têtes. À l’heure des réseaux sociaux cannibales, des nombrils boursouflés, des horloges sous kétamine, Euteika veut exister sans brouillage. Sans faux-semblants. Sans rien gâcher. Sa figure est

cagoulée.

“La cagoule, si jamais ça marche, ça me permettra de faire mes courses tranquille sans me faire emmerder, j’aime la vraie vie (rires). Et puis, on est dans une époque très égocentrique. La cagoule, ça me permet aussi de mettre l’artistique en avant. De désamorcer le culte de la personnalité.” Son rap est viscéral, mélancolique, de ténèbres, dépouillé des clichés qui freinent, qui réduisent. Aux crises de mythomanie, Euteika préfère le profil bas. L’introspection. Et avec une plume, une vraie, trempée dans ses entrailles, une plume qui regarde le monde droit dans les yeux, qui ne fuit aucun fantôme, aucune vérité. “Je fouille dans mes poches et je ne trouve plus d’innocence”. Voilà le genre de phrases que l’on peut entendre dans son EP à venir, “Décollage”, premier volet sombre d’une trilogie verticale que “Satellite” et “Supernova” viendront compléter cette année. Les pieds sur le bitume et la tête dans les étoiles, pour détourner Oscar Wilde… C’est son premier disque à proprement parler. Avant, il y a eu quelques titres balancés, des freestyle, comme des bouteilles à la mer, quelques clips, des flashs, des flèches visant une suite. La musique, Euteika la découvre d’abord môme, en famille. Son père écoute des choses d’outre-Atlantique, du jazz, sa mère plutôt de la variété française. Les chansons s’infiltrent. Oxmo, Lunatic, la FF, les premiers disques de Renaud et plein d’autres encore, son horizon se précise. Son identité se forme. À 14 ans, il s'y colle. Entre potes. Moins pour épater la galerie que pour la beauté du geste. Pour voir. Euteika est né. D’abord grâce au tag. Sa signature sur le béton. ETIK. Une compression de Frénétique. Balbutiements, doutes, premières pierres. La vie n’est pas un long flow tranquille. Euteika délaisse le micro et l’encre et se consacre alors au Muay Thai. Sacrifice, souffrance, compétitions, il expulse, il apprend, il grandit. Mais au fond de lui, ne plus écrire n’est pas une alternative. Cet exutoire n’est pas négociable mais bel et bien indispensable. Il s’y remettra, un jour. Évidence. Besoin de se défouler, à la salle ou devant une page blanche. C’est en lui.

Et il s’y remet.

Le rap d’Euteika a deux alliés: Le fond et la forme. Il a compris cette chose primordiale : L’époque n’est plus aux titres sans tête, aux poses stériles. “C’est fini la Zumba” dit-il, goguenard. Ses mots sont forts, profonds. Et son décorum tout sauf une parade purement marketing. Chez Euteika, les mots et les visuels se déplacent ensemble. Se nourrissent. Ils se complètent. Inséparables. “Décollage” enlace une certaine noirceur. “C’est un peu ce qui sort naturellement quand j’écris” précise-t-il. Sa catharsis à lui. Mais l’espoir est toujours à, quelque part. Et les deux autres épisodes tendront vers la lumière. Ne s’interdiront pas une certaine approche plus positive. Euteika n’ignore pas que l’Homme est multiple. Sur ce premier EP, on devine un artiste en pleine progression, qui se débat avec ses propres paradoxes et failles. Mélange souvent intense de recul et de spontanéité. On y croise une introduction qui ne fait pas de prisonnier, “Décollage”, l’argent et ses pièges sur le banger “Billets”, un personnage de Dragon Ball Z dont le but est de réveiller le démon sur “Babidi”, un clin d’œil à Oxmo sur “Demain Peut-Être”, titre poignant, à la guitare de brume, le sablier de nos vies sur “Pas L’Temps”. On découvre surtout une sincérité à fleur de peau, où chaque mot est à sa place. Ici, l’égo-trip, qu’Euteika pratique parfois, a moins sa place. Cet EP est là pour dire plus que pour seulement démontrer. La nuance est de taille. “Il y a des gens qui me disent qu’ils ont l’impression que certains de mes morceaux ont été écrits pour eux et ça, ça me touche beaucoup” confesse-t-il. En attendant “Décollage”, on pourra toujours écouter deux singles, “Meyer Lansky” et “Nasa”. Un célèbre mafieux américain mort de sa belle mort et un titre allégorique sur les drogues. Deux premiers étages de la fusée Euteika. Ignition!

 

Photo : © Miaous B

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